Et la Mumma?
Hélas, la Mumma
Est une femme! Son nom est le même
Que faiblesse! Hélas, les femmes sont,
Fragiles comme de la porcelaine.
Quand la main du destin la sépara
De son glorieux et noble mari,
Elle ne mourut pas de chagrin,
Ne se noya pas dans la mélancolie -
Non, au contraire, elle poursuivit sa vie,
Gaiement, comme de par le passé,
A briguer de son public,
Les applaudissements de la journée.
Et c'est finalement
Au Jardin-des-Plantes, à Paris,
Qu'elle trouva une situation ferme,
De quoi se sécuriser à vie.
Alors que je m'y rendai,
Dimanche passé avec Juliette,
Et que je lui expliquai
La nature, les plantes, les bêtes,
La girafe, le grand dromadaire,
Les cèdres du Liban,
Les faisans dorés ainsi
Que les zèbres - en parlant,
Nous restâmes finalement debout,
Devant la balustrade du fossé,
Où résident les ours -
Et, que vîmes-nous là, divine bonté!?
Un puissant ours sauvage
De Sibérie, les poils d'un blanc éclatant,
Jouait, là avec une ourse,
Un jeu d'amour, très tendrement.
Mais c'est bien de la Mumma,
De l'épouse d'Atta Troll, qu'il s'agissait!
Je la reconnus a l'éclat
Si tendre de ses yeux mouillés.
Oui, c'était bien elle, la fille
Du Sud! La Mumma noire
Vit à présent avec un Russe,
Un nordique barbare!
Un nègre qui s'était approché de nous,
Me parla avec un sourire complaisant:
« Il y a-t-il un plus beau spectacle,
Que de voir deux amants? »
Je répliquai: « A qui
Ai-je l'honneur de parler? »
« Ne me reconnaissez-vous donc plus? »
Répondit l'autre, étonné.
« Oui, je suis bien le prince nègre
De Freiligrath, qui tambourinait;
En ce temps-là, ça n'allait pas pour moi
En Allemagne, j'étais très isolé.
Mais ici, où je fais fonction de gardien,
Ici, où je retrouve la végétation
De ma patrie tropicale,
Ainsi que des tigres et des lions:
Ici, je me trouve bien plus à l'aise,
Que dans vos foires allemandes,
Où je devais tambouriner journellement
Et bouffer une nourriture immonde!
J'ai récemment épousé
Une cuisinière blonde d'Alsace.
Dans ses bras je me sent comme chez moi,
Dans la plus confortable des places!
C'est à de charmants éléphants,
Que ses pieds me rappellent.
Et le français qu'elle parle résonne
Comme ma langue noire maternelle.
Parfois en rouspétant,
Elle me fait penser au résonnement
De ce tambour garni de crânes,
Qui faisait fuir lions et serpents.
Mais, au clair de lune, très émotive,
C'est comme un crocodile, qu'elle pleure,
Quand il sort sa tête du torrent tiède,
Pour profiter de la fraîcheur
Et elle me donne de la bonne bouffe!
Et je prospère! Je recommence à bouffer,
Avec mon appétit d'Africain,
Comme autrefois, au Niger!
Je me suis déjà formé un petit bedon
Tout rond, qui apparaît le soir, sortant
Hors de la chemise, comme une lune noire
Sur un fond de nuages blancs. »